mercredi 5 décembre 2012

Château Margaux : au rang de premier depuis 157 ans


La gorge un peu serrée, nous avons préparé nos bagages pour notre retour au Canada.  Notre séjour en France et dans le Bordelais tirait à sa fin.  Au programme de la journée, nous avons une seule visite et non la moindre, soit le Château Margaux.  Nous voulions également profiter de cette journée radieuse pour s’imprégner des charmes bucoliques de de cette superbe région.
 
Nous avons décidé de retourner manger dans ce chaleureux restaurant qu’est « Le Savoie» avant de boucler la boucle. Leur  carte des vins propose une magnifique sélection de l’appellation Margaux.  Nous opterons pour un verre du Château Labégorce 1998 que nous dégusterons tranquillement avec nos  magrets de canard.   Une courte visite pédestre dans la commune  nous amène à entrer à la Maison du Vin de Margaux.
Nous avons aussi déambulé devant les façades des Château Malescot-St-Exupéry,  Château Ferrière,  La Gurgue ainsi que Château Durfort-Vivens.  Par la suite, nous avons flâné dans quelques boutiques de cavistes dont la Cave d’Ulysse et la Cave Des Quatre Vents en admirant des bouteilles à faire rêver.  Nous regagnons notre voiture, et sur le coup de 13 heures, nous empruntons cette célèbre allée balisée d’arbres qui nous dirige vers cet icône du vin français.  Au fond de l’allée, nous apercevons le mythique Château derrière ses immenses grilles qui protègent son accès. Un fait à noter, les visiteurs ne sont pas admis à l’intérieur du château.
Le sublime Châteaux Margaux derrière le grillage

De l’influence anglaise vers celle d’un Grec

En attendant confortablement dans un petit salon de l’accueil du domaine,  nous admirons quelques photos qui garnissent les murs et le foyer.  C’est la responsable des relations publiques, Marie Guillard, qui va nous recevoir et nous guider avec un couple d’anglophones.   C’est donc en anglais que nous allons visiter ce fleuron du vin français.  Lors de cette visite, il était quand même assez surprenant d’apprendre que les Anglais y sont pour beaucoup dans le développement du commerce des vins de Bordeaux dans le monde.  

L’histoire de Margaux n’est  pas facile à résumer. Au  XIIème siècle, on connaissait le domaine sous le nom de « la Mothe de Margaux » mais il n’y avait pas encore de signe de vigne ici.  Il faudra attendre la famille de Lestonnac pour développer le domaine tel que nous le connaissons aujourd’hui.   Pierre de Lestonnac va restructurer complètement la propriété et va abandonner les cultures céréalières au profit de la vigne entre 1572 et 1582.   Pour en connaître une version davantage détaillée, je vous invite à consulter le site Internet du château : (http://www.chateau-margaux.com). 

Pour ce qui a trait à l’ère moderne, la famille Ginestet, officiellement propriétaire de Margaux depuis 1950, vendra le château à un homme d’affaires d’origine grecque, André Mentzelopoulos.  Ce dernier va rapidement redonner au Château Margaux son lustre de premier cru.  Il meurt en décembre 1980 et c’est sa fille Corinne qui prend alors la relève et qui assume ce rôle encore aujourd’hui.   Elle habite au château ponctuellement pour de grands événements comme le dévoilement des Primeurs, mais aussi durant la période des vendanges.  Sinon, elle habite Paris où elle dirige les finances de Margaux et son administration.
  
Des travaux dans l’air
Le charme des cuves de bois 

L’appellation Margaux s’étend du sud au nord sur cinq communes : Labarde, Cantenac, Arsac, Margaux et Soussans.  L'appellation possède le plus grand nombre de crus classés du Médoc avec vingt et un Châteaux. La commune de Margaux compte neuf crus, Cantenac en possède neuf, Labarde deux et Arsac n'a qu'un cru classé.  Déjà depuis le début de notre séjour, nous avons eu l’occasion de visiter cinq autres propriétés de grands crus classés de l’appellation.  Notre visite au Château Margaux s’est amorcée en allant faire un tour des bâtiments techniques.  Comme nous l’avons constaté lors de la visite de plusieurs propriétés du Médoc, les travaux de restauration font partie du décor et le Château Margaux n’y échappe pas.  Dans cette vague de rénovation,  les tables à dessin des architectes les plus réputés sont sollicités. 

Chez Margaux, c’est Norman Foster qui aura la mission de réaliser un nouveau chai de vendanges ainsi qu’une vinothèque souterraine. Les bâtiments des vignerons seront restructurés pour accommoder un accueil et une salle de dégustation pour le public.  On estime que le site sera davantage fonctionnel avec ces changements, notamment pour les vinifications et l’élevage des rouges et blancs dans un même endroit.  On est tout de même assez discret sur le sujet car pour le moment, on n’est pas en mesure de connaître les coûts de cette transformation.  Le Château Margaux porte fièrement son rang de Premier Cru Classé du Médoc depuis plus de 157 ans, un statut partagé avec seulement quatre propriétés.  Il ne devrait donc pas y avoir de demi-mesure pour faire honneur à sa réputation.  D’ailleurs, le Château lui-même est considéré comme l’un des plus beaux du Bordelais.  Il est érigé sur la propriété depuis 1810 grâce à l’architecte Émile Combes qui lui a donné son style néoclassique.

Les artisans du vin

La classe du chai d'un grand Château
Notre visite nous permettra de jeter un coup d’œil au cuvier du Château Margaux.  En fait, on a devant nous des cuves en bois, principalement pour la vinification des rouges, mais aussi huit cuves en inox.  Avec l’approche des vendanges, la préparation des cuves nécessite au moins quatre jours de travail, surtout pour celles en bois.   Nous aurons aussi l’occasion de visiter le chai à barriques qui s’illustre par son charme avec une quinzaine de colonnes majestueuses de couleur blanche qui séparent la salle.   Nous nous sommes ensuite dirigés vers un autre grand chai où se font habituellement les soutirages.  Durant ces deux années d’élevage en barriques, les vins rouges subissent en moyenne sept ou huit soutirages, à trois mois d’intervalle la première année, et à quatre mois la seconde.   Le choix des fûts de chêne revêt une grande importance pour tous les producteurs.  Fait particulier pour le Château Margaux, il possède sa propre tonnellerie.  On est en mesure d’assembler trois barriques quotidiennement, soit une production annuelle qui représente le tiers des besoins du château avec le travail d’Alain Nunes.  Pour la balance, on fait appel à environ cinq ou six grandes tonnelleries de Bordeaux et de Cognac.

Pour son premier Cru, le Château Margaux utilise une proportion de 100% de fûts neufs alors que pour son second vin, le Pavillon Rouge, on utilise 50% de fûts neufs et l’autre portion pour des fûts d’un seul vin. En 1983,  l’œnologue Paul Pontallier a rejoint l’équipe de Margaux et en assume la direction générale depuis le départ à la retraite de Philippe Barré.

Le terroir du Cabernet sauvignon

Le vignoble est dominé par le Cabernet sauvignon
Cette propriété fait  262 hectares dont 82 hectares de vignes rouges qui entourent le château.   Une parcelle d’environ 12 hectares est consacrée depuis plus de 100 ans au cépage Sauvignon blanc. Ces raisins servent à l’élaboration d’une petite quantité d’un vin blanc sec appelé le Pavillon Blanc du Château Margaux.   L’âge moyen des vignes est de 35ans et elles produisent en moyenne 336 000 bouteilles annuellement.  Le vignoble en rouge est dominé par le Cabernet sauvignon avec 75% de l’encépagement, suivi de Merlot à 20% et de petites quantités de Petit Verdot (3%) et de Cabernet franc (2%).  Il va s’en dire que durant les vendanges du blanc, une cinquantaine d’employés sont nécessaires alors que ce nombre augmente jusqu’à 250 personnes pour la récolte des cépages pour les rouges. 

Pour terminer notre visite, Madame Guillard nous dirige vers une salle pour la dégustation du millésime 2008 du Château Margaux et son second vin le Pavillon rouge.  Pour moi, il ne s’agissait pas d’une première expérience.  J’avais déjà eu le privilège de goûter à deux reprises au 1997 du grand vin, au Pavillon rouge 98 à deux ou trois reprises et au Château Margaux 1989.  Cette dernière expérience de dégustation figure d’ailleurs au 3e rang du palmarès de mes vins émotions dans mon livre Griffin 2012. 
Aujourd’hui, pas question de recracher le vin d’autant plus que c’est ma seule visite de la journée. 

Dégustation du Château Margaux 2008…

Le Château Margaux est un vin pour lequel vous devrez débourser quelque 600 dollars chez nous au Canada, dans des millésimes « ordinaires », comme le 2007.  À la Société des Alcools du Québec, un Château Margaux 2005 dépasse les 1000 dollars. Le 1949, considéré comme une référence par sa puissance et son potentiel de garde, est estimé à près de 3500 dollars au magasin Signature de la Société des Alcools du Québec.  Grande année ou pas, le plaisir de déguster un Premier Cru Classé du Médoc n’est jamais banal.  Le millésime 2008 du Château Margaux est appuyé par une structure à 87% de Cabernet sauvignon, tandis que le Merlot compte pour 10% de l'assemblage.  Le Merlot apporte une puissance, un gras et une chair que le Château Margaux n'avait pas dans le 2007, ni dans le 2006.   Le vin est plus classique qu’anticipé au départ.  C’est un vin en finesse, un nez charmeur et d’une puissance en bouche étonnante.  En gros, on y retrouve l’élégance, la richesse et la longueur des bons Margaux, le tout appuyé par des tannins « tricotés serrés ». 

… et du Pavillon rouge 2008

Après avoir dégusté le millésime 1998 à quelques reprises, j’avais hâte de découvrir un plus jeune Pavillon rouge.  Pour lui donner puissance et volume, le Merlot occupe davantage de place dans ce dernier, soit 26%,  comparativement au grand vin.  Le Cabernet sauvignon, lui, apporte finesse et subtilité.   Ce cépage représente 68% de la composition de l’assemblage, le Petit verdot 5% et le Cabernet franc un timide 1%.  Le résultat est très satisfaisant pour ce vin rouge produit depuis 1908, constituant ainsi l'un des plus anciens seconds vins connus.   C’est un beau rouge avec de la profondeur, développant de subtils arômes de cassis et de vanille.  Un rouge distingué, solide, mais aussi tout en délicatesse.
On dit souvent des vins de Margaux qu’ils sont les plus féminins des vins du Médoc. Ce Pavillon rouge donne un peu raison à cette affirmation.  

La fin d’un joyeux pèlerinage
Le millésime 2008 du Château Margaux et du second vin

Pour conclure cette série de textes, je dois vous confier que j’ai dégusté plus de grands crus classés dans les deux semaines de notre périple en France que dans l’ensemble des deux années consacrées à la publication de mon récent guide Griffin 2012.  Précisons toutefois que je m’étais consacré bien volontairement à écrire un livre sur les vins accessibles au Nouveau-Brunswick.  L’écriture de cette vingtaine de textes, que je termine aujourd’hui, est ni plus ni moins un retour du balancier pour rejoindre les adeptes de vins de Bordeaux.  J’espère que tous les amateurs passionnés des vins de ce terroir d’exception pourront vivre cette fabuleuse expérience que ce soit dans cette région ou toute autre région viticole.

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