vendredi 30 novembre 2012

Suduiraut : Sauternes, sucré, sexy!

Premier samedi de septembre, notre voyage tire à sa fin et nous venons de quitter le confort de notre lit douillet de la Bastide à Barbotan-les-Thermes pour faire route vers notre prochain rendez-vous dans la région de Sauternes.   Une centaine de kilomètres sur des routes sineuses de campagne et nous sommes à Preignac, tout près de notre destination.   Notre unique visite dans l’appellation Sauternes s’est portée sur l’un des 11 Premiers Crus du Classement de 1855.  Suduiraut est situé au pied d’une colline où l'on retrouve le non moins prestigieux vignoble du Château d'Yquem qui est le seul Premier Cru  Supérieur de ce classement.   Acquis en 1992 par la compagnie d’assurances AXA, Suduiraut est un domaine viticole de plus de 200 hectares dont 92  de vignes,  une centaine d’hectares de forêt et une dizaine pour les jardins entourant le  château.

 Le Comte Blaise de Suduiraut a reconstruit le
domaine à la fin du 17
e siècle.
Un grand vignoble au sein des grands
Référés par Marie-Louise Schÿler, la responsable des communications pour AXA Millésimes (compagnie aussi propriétaire du Château Pichon Longueville), nous sommes attendu par un jeune homme qui répond au prénom d’Adrien.  En fait, il va prendre soin de verrouiller la porte derrière nous,  car il n’y a pas de visites sans rendez-vous.  D’entrée de jeu, notre guide nous met au parfum sur les caractéristiques de l’appellation qui compte pas moins de 180 producteurs.    Sur ce lot, il y a 27 grands crus  représentant 40%  de cette appellation.  Suduiraut figure parmi les plus vastes domaines avec Yquem, (100 hectares en production), Guiraud (85 hectares) et  Rieussec (92 hectares).   La plus petite superficie des grands crus est celle du Clos Haut-Peyraguey qui compte une douzaine d’hectares.

Au pays du Sémillon…
Nous irons ensuite faire un tour au vignoble pour constater à quel point il y a une diversité de sols et de sous-sols dans le Sauternais.  Ces particularités donnent un caractère spécifique à chaque cru.  Les propriétés les plus renommées sont sur des croupes graveleuses. Trois cépages sont utilisés pour l’élaboration des vins de Sauternes soit le Sémillon, le Sauvignon et la Muscadelle.  Toutefois, pour Suduiraut, on n’utilise que deux de ces cépages.  Le Sémillon est le cépage roi de l’appellation et il représente 90% de l’encépagement du domaine, tandis que le 10% restant est constitué de Sauvignon blanc.  Le vignoble de Suduiraut est de plus en plus axé sur la culture en mode bio.  Déjà plus de 25 des 92 hectares sont cultivés de cette façon.  D’ailleurs, on prend soin d’ajouter quelques hectares à chaque année dans ce vignoble dont l’âge moyen des vignes est de 30 ans et dont les plus vieilles atteignent même une cinquantaine d’années.  Une trentaine de personnes sont nécessaires pour l’entretien des vignes et du château.  Durant la période des vendanges, le nombre peut augmenter jusqu’à 150 employés.
Le Sémillon domine à Sauternes

…et de la pourriture noble
Pour faire du vin liquoreux, il y a un phénomène naturel nécessaire dans le processus menant à la vinification de ces beaux vins aux couleurs dorées soit  la pourriture noble qui est un champignon  dont le nom scientifique est Botrytis cinerea.  Ce phénomène se développe sur les baies de raisin dans certaines conditions d’humidité et d’ensoleillement qui permettent de produire une qualité de raisins surmûris.  Les périodes de brume matinale et de soleil contribuent au développement du champignon. La prolongation de la maturité du raisin augmente naturellement la teneur en sucre du fruit par l’évaporation d’une partie de son eau.  À Suduiraut,  le rendement est d’environ 10 hectolitres à l’hectare.  C’est donc dire qu’il faut récolter les raisins d’environ un pied de vigne pour produire un simple verre de ce précieux liquide.  Les quelques taches de couleur qui apparaissent sur les raisins à la fin de la saison estivale sont les premiers signes de l’apparition du champignon.   Le travail des vendangeurs se doit d’être minutieux, car il faut parfois ramasser le raisin grain par grain et repasser jusqu’à cinq fois durant la période des vendanges pour les cueillir au bon moment.   Il y a des années parfois désastreuses où il n’y a pas eu de récolte en raison de la qualité des raisins qui ne produisent pas cette précieuse pourriture.  Bien que les années 2000 aient été clémentes,  il y a eu trois années consécutives sans récolte dans les années 90 (1991-92-93).  

Le cuvier, les chais et le château

Notre visite va se poursuivre dans les bâtiments techniques alors que nous passons par le cuvier et les chais.   La fermentation d’une durée de 2 à 3 semaines se fait en barriques. Le contrôle de la température se fait par thermorégulation.  Il n’y a pas de levurage et l’élevage en barriques de chêne se déroule entre 18 à 24 mois pour le grand vin, avec une proportion d’environ 35% à 50% de bois neuf.  Le domaine produit quatre vins, soit le grand vin du Château Suduiraut et un second vin nommé le Castelnau de Suduiraut  composé de lots plus fruités que concentrés.  Depuis 2005, le domaine produit un vin sec, soit le « S »de Suduiraut.  Avec le millésime 2009,  un autre vin considéré comme un second a été lancé soit Les Lions de Suduiraut.  Ce dernier est un vin pour consommation rapide et davantage considéré comme vin d’apéritif.  Le Castelnau contiendra moins de 10% d’utilisation de barriques neuves pour son vieillissement alors que Les Lions séjourneront uniquement dans des barriques de deux ou trois vins.  Quant au vin sec le « s », il ne représente habituellement que 5% de la récolte  et l’assemblage est de 50% de Sémillion et 50% de Sauvignon.  Le Château Suduiraut produit environ 120 000 bouteilles par année et 40% de ce nombre sera du Premier cru, dépendamment de la qualité et des rendements du millésime.
Les splendides jardins signés par André Le Nôtre

Avec Adrien, nous quittons les chais vers l’extérieur afin de visiter les jardins et la fontaine  de ce magnifique château.  C’est le Comte Blaise de Suduiraut qui a reconstruit le domaine et reconstitué le vignoble à la fin du 17e siècle, suite aux guerres de la Fronde.  Les splendides jardins du domaine ont été dessinés par André Le Nôtre.  Ce dernier fut le jardinier du roi Louis XIV de 1645 à 1700 et concepteur de l'aménagement du parc et des jardins du château de Versailles.  Le décor est si inspirant que nous ne pouvons résister à une petite séance de photos ma conjointe et moi.  Pour terminer notre visite, nous allons regagner la salle de dégustations et la boutique.

Se sucrer le bec :
La gamme des vins de Suduiraut

Nous profitons de ce samedi avant-midi paisible pour déguster les vins de Suduiraut avec notre guide.  Le décor de la salle de dégustation est saisissant, car sur un mur, des bouteilles s’alignent avec différents millésimes qui se distinguent par un dégradé de couleurs, témoignant ainsi de l’évolution des vins. Ma conjointe sait que je n’ai pas la dent sucrée, sauf lorsque l’on parle de sucre à la crème, de crème brûlée ou de vin liquoreux.  Notre ami Adrien va d’ailleurs nous chatouiller les papilles avec une dégustation de la gamme des produits de Suduiraut.  Nous allons goûter au « S » et  Les Lions de Suduiraut du millésime 2010.  Par la suite,  nous aurons l’opportunité de déguster le Castelnau 2006.   On a aura pratiquement droit à une mini-verticale avec la dégustation du Premier Cru du domaine avec les millésimes 2009, 2006 et 1975!  En goûtant le 75,  un vin ayant 37 ans d’histoire,  j’avais peine à croire qu’on pouvait encore percevoir du fruit avec une telle richesse dans le verre, surtout pour un vin presqu’aussi âgé que moi-même.
Un millésime encore bien vivant, le 1975

L’œuvre du temps

Les vins de Sauternes ont de très bonnes propriétés de garde.  Les années 2000 ont été particulièrement favorables à cette région avec de bons millésimes.  Comme nous l’a indiqué notre guide, le sommet a été atteint avec le 2001 qui fut une année ayant un potentiel de garde de près d’un siècle.  On a récemment revisité ce vin au château et il semble que ce Sauternes riche et complexe soit encore assez timide.  Les millésimes 2004, 2006 et 2008 furent des années considérées dans la normalité des choses.  Néanmoins, en goûtant le 2006,  au potentiel de garde respectable de 30 à 40 ans,  nous avons été séduits par ce vin d’une belle densité, à la robe safran et aux parfums de clémentine, de cire d'abeille, d'abricot confit et vanille.  Évidemment, il y a des millésimes légendaires comme le 1976 et le 1990,  mais parfois l’évolution n’est pas ce que l’on anticipe, rétorque notre ami Adrien.  Citant le 1990 qui semble atteindre son plateau d’évolution alors qu’on espérait beaucoup plus, on a encore des vins comme le 75 et le 89 qui sont encore en évolution alors qu’on y voyait moins de potentiel.  Je vais d’ailleurs quitter la boutique en faisant l’achat d’un 1989.  J’ai payé une soixantaine d’euros pour une bouteille de 750 ml soit moins que le prix d’une demi bouteille d’un Icewine au Canada.  À titre comparatif, un Château Suduiraut de 750 ml se vend 149$ à la SAQ pour le millésime 2005.   Donc vous comprendrez que je ne me suis pas demandé longtemps si cela valait la peine de faire une place à ce vin de Sauternes dans mes bagages.
Les couleurs de l'automne chez Suduiraut

Nous avons donc quitté Suduiraud sous ce soleil enjôlant de septembre.  Nous passerons par quelques appellations produisant également de bons vins liquoreux notamment dans Barsac, Loupiac, Cadillac et Sainte-Croix-du-Monts.   Nous en avons profité pour aller saluer un producteur, Jean-Guy Méric et sa femme, qui avaient l’habitude de fréquenter le salon des vins de Caraquet à l’époque où les vins français étaient à l’honneur. Il a gardé un goût amer de son expérience avec notre monopole.  Heureusement, les affaires sont meilleures avec les Chinois qui achètent sans trop de conditions.  Il garde toutefois de très bons souvenirs de l’hospitalité acadienne et des organisateurs de l’événement.

La fin de notre séjour en France approche et lundi nous allons terminer nos visites en visitant le mythique Château Margaux.  Certains diront que c’est un peu comme les Smarties (petites dragées au chocolat au lait), on garde les  rouges pour la fin!

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