dimanche 11 novembre 2012

Château Angélus : quand la qualité résonne à l’unisson


Jeudi 30 août, 14 h, nous circulons dans les méandres des ruelles de Saint-Émilion en direction d’un autre rendez-vous à ne pas manquer dans le paysage viticole du Bordelais.  Avec ma conjointe, à bord de notre Renault de location,  mon GPS me suggère d’aller à l’ouest de la charmante cité fortifiée.   À peine 7 minutes de balade dans un décor un peu plus vallonnée,  je suis déjà à destination.  Un peu confus face au chantier de construction qui se dresse devant moi, je parviens à me trouver un stationnement non pas sans peine.  Heureusement, nous sommes un peu en avance à notre rendez-vous avec Laurent Benoît, responsable des relations publiques. Malgré des ouvriers qui s’activent autour d’importants travaux entamés cette année, ce grand jeune homme saura nous guider d’une main de maître.
Des travaux se déroulent depuis cette année

Il nous explique que selon les plans prévus, la physionomie du château actuel sera transformée. Dessinée par un architecte des Bâtiments de France, la nouvelle mouture prévoit une tour, un nouveau chai et différentes salles.  On devrait notamment agrandir le cuvier et doté l’endroit d’un clocher agrémenté de cloches, pour honorer le nom du château. D’ailleurs, il est possible que l’on puisse jouer l’hymne nationale du pays d’origine des visiteurs lorsqu’ils seront en visite au château. Certains châteaux font flotter le drapeau du pays des visiteurs mais chez Angélus, on va plutôt vers l’innovation!

Angélus passe de B vers A
Lors de notre passage au Château Angélus, la propriété était classée au rang de premier grand cru classé B dans le classement des vins de Saint-Émilion.  Toutefois, quelques jours suivant notre visite, le nouveau classement 2012 des vins de Saint-Émilion l’a propulsé au sommet du classement à titre de premier grand cru classé A. Avec Château Pavie, Angélus rejoignait alors Cheval Blanc et Ausone qui étaient les deux seuls domaines à bénéficier de ce statut prestigieux depuis l’implantation du premier classement en 1955.  Ce classement a été revu six fois depuis sa création soit en 1959, 1969, 1986, 1996, 2006 et 2012. Quatre châteaux au lieu de deux sont désormais classés au plus haut niveau de l'appellation,  parmi les 18 premiers grands crus classés.
Le millésime 2007

Histoire de famille et de cloches
Le passé du Château Angélus est lié intimement à celui de la famille Boüard de Laforest qui en est propriétaire depuis la fin du 18e siècle.  Angélus doit son nom à la situation du vignoble, d'où les vignerons pouvaient entendre sonner les clochers de l'Angélus des trois églises environnantes et ce, à trois reprises durant la journée.

Le domaine s'est agrandi graduellement pour atteindre aujourd’hui quelque 34 hectares.  C’est le comte Maurice de Boüard de Laforest, alors propriétaire d'un domaine adjacent, qui hérite en 1909 du Château Mazerat d'une de ses tantes. Puis, en 1929, il fait l’acquisition du Clos de l'Angélus, un vignoble adjacent.  En 1979, Hubert de Boüard, fils de Jacques de Boüard, obtient son diplôme d’œnologie.  Il fera son arrivée à la propriété en 1984 pour reprendre l'exploitation familiale en 85 en y introduisant de nouvelles techniques jusque là inédites parmi les grands domaines bordelais.  Il va notamment introduire la parcellisation des vignobles, la chute des rendements pour obtenir plus de concentration et le contrôle de la température en cuve.  Évidemment, cela va engendrer un peu de conflits avec les générations précédentes qui ne sont pas habituées de voir les productions de vins diminuées.  Toutefois, avec sa passion, Hubert de Boüard  va devenir témoin de la reconnaissance de ses efforts dans le travail et l'innovation, car Angélus accède en 1996 au rang de premier grand cru classé B. C’est une première dans l’histoire du classement, car aucun château auparavant n’était passé du rang de grand cru classé à celui de premier grand cru classé.

Le vignoble et ses caractéristiques
L’appellation Saint-Émilion représente 5% de Bordelais avec ses 5400 hectares.   Près de 1000 châteaux se partagent ce terroir exceptionnel et si Château Angélus fait à lui seul 34 hectares, soit l’une des plus vastes de l’appellation,  il y a des propriétés qui n’ont que quelques hectares.   Au vignoble, 25 hectares et demi sont consacrés à l’Angélus alors que les neufs hectares restants le sont pour la production du second vin, soit Les Carillons de l’Angélus. En termes de bouteilles, c’est donc près de 100 000 pour le grand vin et 25 000 pour le second.  Le sol du domaine est varié avec son relief appelé «pied de côte» dont l’exposition du vignoble est franc sud.  Le sol est sableux tout en présentant différents niveaux argilo-calcaire. 
Le Merlot et le Cabernet franc caractérisent Angélus

Comme quelques rares vins de Saint-Émilion, le Cabernet franc est presque aussi présent que le Merlot.  En fait, l’encépagement est de 50% Merlot, 47% de Cabernet franc et 3% seulement de Cabernet sauvignon.  Le vin tire sa richesse et sa rondeur du Merlot alors que le Cabernet franc apporte des tanins qui favorisent la longue garde.  Les vins se consomment toutefois dans une période relativement jeune.  Déjà, le 2005 est accessible bien que l’on suggère pour plusieurs vins de ce millésime de cette appellation d’attendre de 10 à 15 ans avant d’y toucher.  Laurent Benoît nous confie que même sa couleur semble avoir changé depuis 6 mois et démontre une belle souplesse en bouche.  Le vignoble du Château Angélus offre un rendement de 30 à 35 hectolitres à l’hectare et les vignes ont un âge moyen de 45 ans.  On va procéder à une vendange verte en faisant un passage jusqu’à deux reprises au besoin.  On va pratiquer cette technique fin juin début juillet et plus tard en août.  Monsieur Benoît nous assure que les 34 hectares reçoivent la même qualité de soins que ce soit pour le premier ou le second vin.
Le nettoyage des cuves avant les vendanges

Un ménage à trois dans les cuves

Nous allons visiter la cuverie qui, pour le moment, n’était pas affectée par les travaux.  Le travail de tri se fait à 100% manuellement lors de la réception des raisins. La machine à fibre optique a été délaissée par manque de précision et pour la difficulté de recalibrer la machine.   La vinification va se faire de façon parcellaire comme c’est de plus en plus la pratique.  Ce qui est aussi particulier dans le cas d’Angélus, c’est que l’on utilise les trois types de cuves soit l’inox, le béton et le bois.  Ce ménage à trois dans les cuves permet donc de tirer profit du meilleur de chaque type.  On va favoriser la vinification du Merlot dans l’inox, du Cabernet franc dans les cuves de bétons et des raisins des meilleures parcelles dans le bois.  La porosité du béton semble favoriser son mariage au Cabernet franc qui procure la typicité du côté tannique au vin sur la base des expériences d’Hubert de Boüard.  

Boire comme James Bond
Des visiteurs comblés
Nous allons terminer notre visite avec la dégustation d’un Château Angélus 2007.  Ce millésime relativement classique a été décrié à tort comme un petit millésime et ce, même avant que les vendanges ne soient terminées.  Parker lui a tout de même accordé une note de 92 points, tandis que le Wine Spectator jouait plus faiblement en lui attribuant un 88.  Pour ma part, j’ai été grandement impressionné par les qualités de ce 2007. Ayant déjà dégusté un Angélus 1998 et un 2005 qui figurent dans le classement de mes 20 émotions de dégustation du Griffin 2012, respectivement au 8e et 11e rang,  j’avais quelques bons repères.  Constitué de 62% de Merlot, ce 2007, tout en fraîcheur, était déjà doté d’une maturité intéressante dont le fruit et la finesse étaient au rendez-vous.  La bouche est soyeuse et juteuse sans négliger sa finale en longueur.  Ce fut décidemment mon plus grand plaisir de dégustation dans les grands crus du Bordelais lors de mon séjour.  Angélus a connu de très bonnes années avec le 2008, le charmeur 2009 et le solide 2010.  Cette ascension au rang de premier grand cru classé A n’est pas un hasard, c’est la consécration du travail de ses artisans à vouloir produire des vins de qualité et la passion d’Hubert de Boüard.  Pas étonnant que même au cinéma, le vin soit associé à d’autres grands classiques, comme le célèbre agent 007 James Bond, alors qu’une bouteille d’Angélus 1982 apparaît dans une scène de Casino Royale de Martin Campbell!


La relève est déjà en préparation chez Angélus avec la 8e génération. Bien que Jacques de Boüard, père d’Hubert, vive encore sur la propriété à l’âge de 90 ans, on prépare déjà le terrain pour ses petits-enfants : Coralie, Stéphanie, Matthieu et Quentin.  Les cloches vont donc sonner encore longtemps avec comme arrière-scène, la résonance de la qualité d’Angélus et de Saint-Émilion.  Nous quittons le Château Angélus avec nostalgie en pensant à demain, car le Château Faugères sera notre dernière visite dans cette région, avant de faire un simple détour par la Gascogne et Sauternes. 

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