jeudi 25 octobre 2012

L’assurance des vins de Château Pichon Longueville dans Pauillac


Après nos visites des Château Talbot et Château Lynch-Bages plus tôt dans la journée du 28 août dernier, nous effectuons notre dernier arrêt de la journée au Château Pichon-Longueville.   En arrivant au domaine, on est immédiatement conquit par la beauté des lieux.  Le majestueux château impose son élégance tout en projetant la réflexion de son image dans un bassin d’eau central qui cache l’un des chais de la propriété.
On a l’impression d’être dans un conte de fée, mais attention, il ne s’agit uniquement que d’une belle façade pour les touristes, car c’est d’abord et avant tout un deuxième grand cru classé du Médoc.  Il importe de préciser que le Château Pichon-Longueville a été l’une des premières propriétés de la région à recevoir ses visiteurs tous les jours, y compris les week-ends.

Pichon-Longueville par le photographe
Gilbert Martin-Guillou

La visite d’une terre historiquement riche

Pour amorcer cette visite, ma conjointe et moi-même étions accompagnés de notre bon ami photographe, Gilbert Martin-Guillou. Sous un radieux soleil de la fin du mois d’août, nous nous sommes laissé guider vers le vignoble par Nicolas Santier d’Axa Millésimes.  Le voisinage du Château Pichon-Longueville n’est pas banal avec le Château Latour qui n’est pas très loin et presqu’en face, le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande. En fait, autrefois, Pichon Longueville Baron et Pichon Longueville Comtesse de Lalande ne formaient qu’une seule propriété.  C’est le Baron Joseph de Pichon Longueville qui décide en 1840, avant de mourir, de partager le domaine entre ses 2 fils et ses 3 filles. L’une de ses filles, Virginie, épouse du comte de Lalande, va ainsi décider de prendre les choses en main et administrer sa part du vignoble, ainsi que celle de ses deux sœurs afin de créer le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande.  On faisait ainsi la différence entre les deux en appelant l’un Baron et l’autre Comtesse de Lalande, aussi deuxième grand cru classé du classement de 1855.

C’est Jacques de Pichon, Baron de Longueville, qui a cependant commencé à façonner le vignoble de Pichon-Longueville.  Le sublime Château Pichon-Longueville fut construit quant à lui en 1851 par Raoul de Pichon-Longueville.   Il faut toutefois remonter à 1689 pour comprendre les origines de ce prestigieux domaine de Pauillac.  C’est à ce moment que Pierre des Mesures de Rauzan, négociant et fermier de Latour, achète des vignes au sud de Pauillac près de Latour. Ces vignes entrent dans la dot de sa fille Thérèse lorsqu’elle épouse, peu après, Jacques Pichon de Longueville.  Le simple fait de marcher entre les vignes de ce domaine évoque en lui-même un véritable voyage dans le temps.
Le nouveau cuvier circulaire

Le royaume du Cabernet sauvignon

On a beau tomber sous le charme de l’architecture du château et son chai futuriste, il n’en demeure pas moins que le roi ici, c’est le vin, et son digne monarque est le Cabernet sauvignon.  La propriété de 73 hectares avec des vignes, dont la moyenne d'âge est de 30 ans, est la première du bordelais en 2000, à avoir reçu une certification pour la protection de l’environnement.  Le vignoble planté à 62% en Cabernet Sauvignon, 35% en Merlot et 3%, en Cabernet Franc est constitué sur des belles graves günziennes.  Les vignes de Pichon Longueville bénéficient de tous les soins menant à la culture de la meilleure qualité possible de ses raisins.  Les vendanges, manuelles, sont accompagnées d'un tri des grappes sur place.  Les vins de Pichon-Longueville sont riches en tanins et dégagent une élégance et une finesse tout en offrant une grande puissance. De plus, ils possèdent un très grand potentiel de vieillissement. 

La transformation du visage du Baron

Les chais d'élevage sous le bassin d'eau
Si la famille Bouteiller à mener la destinée du Château pendant plus de 60 ans, soit de 1935 à 1987, l’acquisition par le groupe des assurances AXA permettra un réveil de ce bel endormi qu’était le Baron. De grands travaux permettront sa restauration en 1988.  En fait, par le biais d’un concours d’architecture, organisé en collaboration avec le centre Georges Pompidou pour la construction d’équipements moderne à Pichon-Longueville,  c’est à Jean de Gastines et Patrick Dillon que le projet sera confié pour revamper le visage du Baron.  En alliant tradition et modernité, nos deux architectes vont épater notamment avec les chais d'élevage de 1200 barriques sous une voûte unique et le cuvier circulaire. Il y a eu également un véritable effort pour redorer le blason du château sur le plan de la culture et de l’élaboration des vins. D’abord mené par Jean-Michel Cazes, c’est Christian Seely qui sera à la tête du domaine comme directeur général, avec l’appui de Jean-René Matignon à la direction technique.  Chose certaine, on ne se lasse pas d’admirer cette propriété avec ses bâtiments en surface, tout autant que ceux sous terre.  La salle de dégustation est un autre lieu, je vous le conjure, qui n’est pas à dédaigner.

Une verticale mémorable de Pichon Longueville

Nous avons été entraînés par notre guide Nicolas Santier pour goûter aux vins de cette propriété pauillacaise.  La responsable des communications, Marie-Louise Schÿler, s’est jointe à nous pour discuter un peu de nos impressions face aux vins.  Il faut dire que ce n’est pas la seule propriété d’AXA Millésimes car ils ont aussi d’autres propriétés dans le Bordelais Château Pibran (Pauillac), Château Petit-Village (Pomerol) et Château Suduiraut (Sauternes).  Ils ont aussi deux autres propriétés en France avec le Domaine de l’Arlot (Nuits Saint Georges) et Mas Belles Eaux (Languedoc).  En dehors de la France, AXA est aussi présent dans le Douro au Portugal avec Quinta do Noval et en Hongrie avec Disznoko.  Lors de notre discussion sur notre itinéraire des prochains jours, nous nous sommes vu offrir une visite de la propriété d’un grand cru sauternais, soit le Château Suduiraut. 
Une verticale des vins du domaine

Passant de la parole aux actes, nous avons goûté à plusieurs millésimes de Pichon Longueville en ayant l’opportunité de découvrir le millésime 2011 que l’on retrouvera en bouteille sur les tablettes à la fin de l’été 2013.   Un millésime qui n’a pas eu bonne presse mais qui devrait offrir tout de même de belles caractéristiques.

Le 2010 était encore serré et en puissance avec cependant des arômes en finesse avec de petits fruits rouges et des épices pour exciter les cils olfactifs. La bouche juteuse, l’amplitude et cette finale persistante laisse présager une longue garde dans un style tout en droiture.  

Le 2009 m’a semblé dans la lignée de ce que l’on attend d’un millésime dit d’exception. Un vin complexe avec un velouté et une élégance qui se fondent avec l’équilibre de sa bouche ample et la générosité de son fruit.  On est en présence d’un vin au style bordelais plutôt sexy en comparaison au style droit du 2010, tout en étant destiné à une longue garde. On a de la matière et de la finesse qui font que l’on en voudrait encore.

Le 2008 est un millésime frais et si la majorité des vins de Pauillac démontraient de l’austérité en bouche à l’origine lors de la sortie en primeur, l’œuvre du temps permet d’anticiper des vins qui vont devenir meilleurs au fils des ans.  Déjà ce vin qui possède de la matière et une puissance évidente s’affirmait par des tanins charnus et du caractère.  Un beau risque en considérant que les millésimes récents de 2009 et 2010 sont difficilement accessibles à toutes les bourses.
La magnifique salle de dégustation avec Nicolas Santier

Enfin, le 2003 avec bientôt 10 ans derrière le goulot, démontre des signes de maturité plus qu’intéressants.  C’est à ce stage que le plaisir gustatif s’exprime après l’œuvre des années.  Les nuances de couleurs de sa robe commencent à changer et ses tanins à s’arrondir.  Ce vin d’une année de grande canicule se présente avec élégance, harmonie et distinction.

Rappelons que l’élevage du grand vin de Pichon se fait de 15 à 18 mois en barriques de chêne (environ 80% neuves, le reste d’un seul vin). Le grand vin possède d’ordinaire une forte dominance de Cabernet sauvignon (70 à 80%).  Dans certains cas, on procède à l’élaboration de vins issus de certaines parcelles et les plus jeunes vignes profiteront d’ordinaire à l’assemblage du second vin, soit Les Tourelles de Longueville ayant une présence plus accentuée en Merlot.

Après cette dégustation mémorable, nous avons regagné notre pied à terre de Castelnau de Médoc en préparation à une petite excursion de trois jours dans Saint-Émilion pour la visite de châteaux des plus renommés de ce terroir soit Figeac, Troplong Mondot, Cheval Blanc, Angélus et Faugères.  C’est ce qu’on appelle  de la chance…

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