mardi 18 septembre 2012

Cos d’Estournel : de ses cailloux jusqu’à un grand cru de Saint-Estèphe


Dans le cadre d’une série de textes et d’entrevues réalisées dans la cadre d’un séjour en France du 21 août au 4 septembre, je vous partage aujourd’hui ma rencontre avec un deuxième grand cru du Médoc de l’appellation Saint-Estèphe.  Après avoir visité le Château Lascombes en Margaux dans la matinée, mon itinéraire me dirigeait à 25 kilomètres au nord-est,  pour y découvrir celui qu’on a nommé le Maharadjah du Médoc.
 Le  Maharadjah du Médoc

Il faut comprendre que c’est Louis-Gaspard d'Estournel qui hérita de vignes près du village de Cos en 1811, qui est à l’origine de ce fameux château dont le succès lui permettra des exportations à l’étranger, notamment aux Indes, d’où son surnom. 

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en 1830, il surmonte les chais de pagodes chinoises qui vont perpétuer l'image exotique de Cos.  Toutefois en 1852, criblé de dettes, son propriétaire se doit de vendre le domaine.   Même si le château passe par plusieurs mains durant le 19e siècle, il accèdera néanmoins au classement de 1855 au rang de deuxième grand cru classé, au même titre qu’une autre propriété de la région de St-Estèphe, soit le Château Montrose.

Difficile de manquer sa présence
En circulant sur la D2 il est presque impossible de manquer le Château Cos d’Estournel avec son architecture et son style particulier et sa façade dominée par une porte surmontée par l’inscription Cos d’Estournel, juste au-dessus de l’arche.  Cos signifie en vieux gascon  « la colline de cailloux »  La colline de Cos se dresse sur les rives de la Gironde et sur un impressionnant amoncellement de graves du Quaternaire.   Entre Pauillac et Saint-Estèphe, séparée de Château Lafitte par un ruisseau, la colline de Cos domine la Gironde de près de vingt mètres. 
Photo de Gilbert Martin-Guillou

Le domaine  appartient depuis 2000, à Monsieur Michel Reybier qui s’est investit de la mission de rechercher l’excellence par le travail, et ainsi poursuivre l’œuvre avant-gardiste entamée par Louis Gaspard d’Estournel.  Ce domaine verra d’ailleurs des investissements massifs en 2006,  qui permettra une restauration des bâtiments et ainsi qu’aux pagodes chinoises de retrouver leur aspect original.  Avec l’arrivée du nouveau propriétaire, le vignoble est passé de 54 à 91 hectares de vignes,  et on aura porté une attention sur la refonte de ce dernier. On favorisera donc la typicité des sols adaptées aux cépages, soit le Merlot sur les parcelles de sol argilo-calcaire et le Cabernet sauvignon sur les graves.


L’architecture au service du vin
Durant une petite marche à l’extérieure avec notre guide,  nous admirons les charmes de ce majestueux château avec ses éléphants décoratifs qui ornent les abords du bâtiment.  On a l’impression qu’on a voulu rivaliser avec le Taj Mahal.  Toutefois c’est de l’intérieur que ce temple s’illustre pour sa dévotion au vin.  La configuration des installations de vinification est axée sur la gravité.  Rien n’a été négligé pour s’assurer de la qualité des raisins, que ce soit de la réception en provenance du vignoble jusqu’à son cheminement vers le cuvier.  Ce souci du détail s’exprime jusqu’au chai qui est un véritable hymne à l’art par son ampleur et sa beauté.  Pour réalisé ce chai d’œuvre (chef d’œuvre) c’est l’architecte  Jean-Michel Wilmotte qui a œuvré avec un budget qui aurait dépassé les 30 millions d’euros.  Wilmotte est aussi celui qui a signé les Portes de la Paix à Hiroshima et qui ont été complétées en 2005.  Au Château Cos d’Estournel, la gravité est assurée d’un bout à l’autre de la chaîne d’élaboration du vin avec notamment le remontage qui est pratiquement unique à ce château du Médoc.  Aucune pompe n’est utilisée grâce à un délestage gravitaire avec l’aide de cuves-ascenseurs, une pièce maîtresse de cette façon de faire. 
L'oeuvre de  Jean-Michel Wilmotte 

Le cuvier est pour sa part constitué de 72 cuves qui représentent les 72 parcelles du domaine.  Les vendanges sont donc effectuées en tenant compte des parcelles et dont les raisins seront envoyés vers les cuves appropriées dont la capacité varie de 19 à 115 hectolitres.   Le processus de fermentation a une durée de 10 jours et les remontages vont se faire à raison de 2 fois par jour sur chaque cuve durant cette période. Entre la période des vendanges et la mise en barrique il va s’écouler de deux à trois mois.


La patience est de mise pour profiter de ces belles bouteilles
Chez Cos d’Estournel comme la majorité des crus du Médoc,  les vendanges sont fait manuellement.   L'assemblage de Cos varie selon les années et le domaine produit en moyenne 300 000 bouteilles par année.   Le premier vin va séjourner en barrique neuve à 80% pour une période de 18 mois et le second pour près de 15 mois à 50% de barriques neuves.  On remplace les barriques à toutes les deux années et la capacité du cahi est de 2500 barriques.  Lors de notre passage il y avait 1250 barriques du millésime 2011 dans le chai.

Voisin direct de Château Lafite-Rothshild en Pauillac,  Cos d’Estournel conçoit des vins  au potentiel de longévité exceptionnel.  L’âge moyen des vignes est de trente cinq ans et seuls les plants de plus de vingt ans seront utilisés pour le premier vin.  Le second vin nommé Les Pagodes de Cos est issu pour sa part de vignes de moins d’une vingtaine d’années.
Une dégustation du millésime 2007

Lors de notre visite, nous avons été en mesure de déguster le grand vin et son second, tous deux du millésime 2007.  Le grand vin est composé à 85% Cabernet Sauvignon, 3% Cabernet Franc et 12% Merlot.  En bouche c’est un vin offrant beaucoup de volume et de matière. Riche et concentré, le vin démontre une structure solide appuyé par des tannins généreux et marqués par une texture séduisante.  C’est un vin qui va se dévoiler davantage avec les années,  donc il est nécessaire de faire preuve de patience.


Nous avons eu la chance de visiter le caveau du château qui est une collection de bouteilles de plusieurs millésimes au courant de l’histoire du château.  Plusieurs années manquent à la collection parce que les vins ont été bus ou détruits en raison des guerres, de vols, etc. 1865 est le plus ancien millésime que l’on retrouve dans ce caveau. À chaque période de 20 ans, on ouvre les bouteilles pour changer les bouchons et combler le vide laissé par la part des anges avec une bouteille du même millésime que l’on utilise dans le but de mettre les bouteilles de la même année à niveau, et aussi voir l’évolution sur le plan gustatif.

Cos d’Estournel est sans l’ombre d’un doute un joyau du Médoc.  C’est un vin qui se démarque par sa constance.  Le millésime 2009 du premier vin a obtenu la note parfaite de 100 points par le gourou du vin, Robert Parker.  Le travail du propriétaire Michel Reybier et du vinificateur Jean-Guillaume Prats est immortalisé dans ce millésime qui devrait vieillir sans effort pour un demi-siècle d’après le célèbre critique américain.
De cette colline de cailloux, la vigne et le savoir-faire de l’homme se sont fait complice de la naissance d’un vin porté au rang des plus grands crus de Bordeaux.

Pour notre prochain rendez-vous, nous vous partagerons les secrets d’un premier grand cru classé avec notre visite à Château Mouton Rothschild à quelques minutes de marche de Cos d’Estournel.  Avec les vins que nous avons eu la chance de goûter, nous ferons assurément des jaloux, et nous nous en excusons à l’avance…  

Pour acheter ce vin

À la SAQ : cliquez sur ce lien

En Nouvelle-Écosse : cliquez sur ce lien 

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