mercredi 8 juillet 2009

Le Clos Jordanne; l'ambition animée par la passion

Les amateurs de vin qui ont déjà eu la chance de boire un pinot noir du Clos Jordanne savent que ce délicieux nectar provient de la belle région du Niagara. En faisant la route des vins de l’Ontario on pourrait s’attendre à voir quelques indications sur les panneaux de signalisations concernant la présence de ce vignoble. Même en parcourant une carte des vignobles de la région, pas le moindre signe de l’existence de cette maison qui est le fruit de l’union du géant Vincor du Canada et le réputé producteur de Bourgogne, Boisset. En fait, le Clos Jordanne existe mais il n’est pas ouvert au public et il n’est donc pas possible d’acheter des vins sur place. C’est dans un ancien bâtiment étant jadis utilisé par une entreprise œuvrant dans les serres que le Clos Jordanne a établit ses assisses.

Il faut comprendre que le business du vin est d’abord et avant tout d’être en mesure de vendre du vin. C’est pourquoi les rêves de grandeur qu’on alimentait à l’origine avec un énorme bâtiment moderne ont du être révisé. La priorité est axée sur l’élaboration et la commercialisation du vin. En cette période de récession qui affecte davantage cette région de l’Ontario il est d’autant plus sage et prudent d’agir de la sorte. Certains producteurs ambitieux l’auront d’ailleurs apprit à leur dépend et l’exemple de 20 Bees est encore frais dans cette région.

Malgré son absence dans le circuit des winery ouvertes au public, j’ai eu la chance de me rendre au 2450 south service road près de Jordan Station en Ontario. Sur place, Candis Walsh-Scammell s’empresse de nous accueillir afin de nous faire découvrir la philosophie qui anime le Clos Jordanne et ses artisans. Pour mieux comprendre la passion qui anime l’équipe du winemaker Thomas Bachelder, la gentille représentante des relations publiques nous amène faire un tour à chacune des 4 parcelles qui sont utilisées pour élaborer les vins du Clos Jordanne. Pour mieux comprendre la notion de terroir, la pierre angulaire de l’élaboration de la personnalité des vins du Clos Jordanne, nous visitons les différents lieux de culture. De plus, c’est par le biais de la culture organique que l’on prend soin des quatre vignobles de façon à préserver le caractère unique du lieu d’origine. La Petite Vineyard (offrant des vins plus soyeux), Claystone Terrace Vineyard (offrant des vins robustes) le Clos Jordanne Vineyard (vignoble principal) et Talon Ridge Vineyard sont les lieux exploités pour produire ces vins qui rencontrent le style des meilleurs vins de Bourgogne en chardonnay et pinot noir. Le Talon Ridge est le vignoble le plus vaste et le seul à être situé au dessus de l’escarpement du Niagara.

À notre retour aux installations du Clos Jordanne, Candis Walsh-Scammell nous amène dans un secteur réfrigéré ou se trouve les barriques de fût de chêne ou séjourne le fruit de la récolte de l’automne 2008 et qui sera commercialisé au printemps 2010. Nous avons droit à un rare privilège qui est de goûter le vin directement de la barrique. À chaque fois, notre guide d’origine manitobaine prélève trois échantillons qu’elle mélange dans un verre armé de sa pipette. Nous pouvons ainsi distinguer la différence entre les 4 vignobles d’où proviennent les raisins ayant servit à l’élaboration de chacun. Les tannins sont différents et démontrent déjà le caractère qui animera chaque vin de pinot noir lorsque le produit sera en bouteille. Nous terminons avec le chardonnay, mais Candis nous met en garde à l’avance avant de s’y tremper les lèvres, le blanc est toujours un peu plus amère lorsque nous le dégustons en barrique. Au fil de la conversation on apprend qu’environ 5 personnes travaillent à plein temps au Clos Jordanne, alors que plus d’une vingtaine de travailleurs mexicains sont employés pour la période de vendange à l’automne.

Sur notre chemin vers la sortie, je rencontre Sébastien Jacquey, directeur adjoint du Clos Jordanne. Cet œnologue-ingénieur n’a pas peur de se salir les mains. Un peu gêné par sa tenue de travail il n’hésite pas à partager avec passion la vision de l’entreprise. Il ajoute avec fierté que tout le travail de la vigne est fait à la main, surtout lorsque vient le temps de récolter les raisins, les opérations de triage ainsi que les différents soins apportés aux vignes. Aucun produit chimique n’est utilisé, on fait l’usage de produits alternatifs comme du cuivre pour lutter notamment contre de nombreuses maladies (mildious, bactérioses, cloque, etc). Sébastien Jacquey assiste le winemaker Thomas Bachelder dans l’élaboration de la signature des vins du Clos Jordanne. Bachelder a d’ailleurs remporté le titre de viticulteur de l’année lors du Ontario Wine Award. Originaire de Montréal, le winemaker n’était pas présent lors de mon passage au Clos Jordanne, car il célébrait le 20e anniversaire de mariage avec son épouse.

Bien que nous soyons encore loin du rêve de vinerie dont les plans ont été dessiné par Frank Gehry, il est permis de croire que le Clos Jordanne puisse devenir la référence du pinot noir au Canada et pourquoi pas en Amérique.

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